| La vérité n'existe pas. Et si elle existait, elle serait fausse ! Opinons ! |
Publié le mardi 8 novembre 2005Mardi 8 novembre 2005 Hallucinations - Fin
Augustino laissa échapper un long soupir. Il alluma un cigare. Il n’avait jamais été un fumeur. À trente-deux ans, durant un voyage à Cuba, il s’essaya au cigare. Le goût ne lui plut guère au début. « Le cigare, ce n’est pas pour moi », avait-il déclaré. Deux mois après son retour, toujours hanté par les souvenirs agréables de son voyage, par la tristesse joyeuse des Cubains, par ces douces nuits qu’il passa à discuter avec ces étranges intellectuels, désinvoltes et riches en sentiments - des « vraies personnes » qu’il se plaisait à les appeler - il prit plaisir au cigare. Et depuis, il en allumait un à chaque occasion, triste ou heureuse fut-elle. Brigitte les nommait « les cigares de la nostalgie ». Augustino marmonnait, maintenant, des mots inaudibles. Brigitte s’assit au bout de la table et se versa un verre de vin, avant de lâcher, le regard vide et lointain :
Augustino n’en croyait pas ses oreilles. Il était au bord de la crise de nerfs.
Cette nuit-là, Brigitte dormit à poings fermés pendant douze heures d’affilée, elle qui ne dormait d’habitude que quelques quatre heures par nuit. Augustino fuma une dizaine de cigares Cubains et dormit à peine deux heures. Il essaya toute la nuit de comprendre ce qui était arrivé à Brigitte. Sans fruit. Le lendemain, Brigitte vomit dès son réveil puis s’évanouit. Mr Fritz, médecin qu’elle consultait depuis bientôt vingt ans, s’empressa de lui donner son diagnostic : « Brigitte, ma chère, vous êtes enceinte ! » Cela faisait dix ans que les Montreuil essayaient vainement d’avoir un bébé. Ils étaient aux anges ! Brigitte pleura de bonheur. Dieu avait exaucé son vœu le plus cher. « Il existe », pensa-t-elle en cachette. Augustino s’alluma un long cigare. Tout ce qu’il espérait, c’est que leur enfant n’ait ni les yeux jaunes, ni la peau mauve. PUBLIÉ PAR onassis | le 2005-11-08 12:37:17 Permalien | | 2 Commentaires : Commentaire écrit le mardi 8 novembre 2005 à 14:55:26 (lien) Onassis :)...c'était la fin...pour l'instant..je n'ai pas pensé à une suite. Merci. Commentaire écrit le mardi 8 novembre 2005 à 14:46:59 (lien) Timothy Hey bien hey bien!!! J'adore!! J'm'inquiète un peu de la tournure théologique, mais ça me captive de connaitre la suite :) Ajouter un commentaire Mardi 8 novembre 2005 Hallucinations - 1ère partie
Brigitte rentra tard ce soir-là. Augustino l’attendait de pied ferme. Elle n’avait pas appelé, pas laissé de message. Il l’avait, comme chaque soir, attendue pour dîner. Le savoureux jarret d’agneau qu’il avait joyeusement concocté avec grande expertise et extrême attention avait désormais mauvaise mine. Augustino en prit deux maigres bouchées sans daigner se servir un verre de vin; il s’assit à côté du téléphone, inquiet, perplexe, ne sachant quoi faire. Maintenant que Brigitte était là, il estimait qu’une explication lui était due. Et dans les plus brefs délais. Brigitte se dirigea vers leur chambre quand Augustino l’interpella sèchement :
Brigitte se raidit. Elle ne parlait pas. On aurait dit qu’elle avait perdu la voix. Une musique douce aux paroles envoûtantes remplissait ce silence de mort. « Si tu t’en vas, si tu t’en vas un jour, tout finira, les choses de l’amour ne vivent pas.. » Augustino reprit d’un ton plus insistant :
Brigitte le fixa d’un regard vide :
Augustino commençait à perdre patience. Il lança vigoureusement :
Le ton montait de plus en plus.
Là-dessus Augustino lâcha un bruit aussi aigu qu'intelligible. Son impatience atteignait son paroxysme. Il n’était visiblement pas satisfait des réponses de Brigitte.
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