| La vérité n'existe pas. Et si elle existait, elle serait fausse ! Opinons ! |
Publié le lundi 20 février 2006Lundi 20 février 2006 Des imbécilités à dormir debout Il est des jours comme ça. Beaucoup trop d'ailleurs. Je me réveille de mauvais poil. Fatigué, las, déprimé. Je traîne chez moi une heure ou deux. Je sors. Je vais vers l'université. Sans conviction. Je traîne la patte, je traîne les pieds, je traîne, je traîne. Et quand j'arrive, je navigue sur des sites. Puis je décide d'aller faire un tour. Et j'atteris toujours dans des bouquineries, que je connais presque par coeur maintenant. Je passe mon temps à chercher un livre. Quel livre ? Je ne sais pas. En ce moment, c'est Ferdydurke de Gombrovicz. Des fois, je ne sais même pas quel livre je cherche. Parfois, je réachète des copies de livres que j'ai aimés et que j'ai déjà. Je les offre la plupart du temps. Propager la bonne nouvelle, comme la propagent les convaincus de certains dogmes, qui ne me convaincront jamais. Donner au livre une deuxième, troisième, énième vie. Ces séances de recherche ne m'apaisent pourtant pas. Elles me stressent encore plus. Je sais que j'ai des choses à faire, à accomplir. Je sais que le temps presse. Alors que fais-tu là ? À traîner chez des bouquinistes douteux, qui prétendent souvent avoir tout lu ? La dernière fois, je lui ai joué un tour au bouquiniste. J'ai sorti un vieux livre de Gombrovicz : la pornographie. Je lui ai dit : "Vous n'avez pas d'autres livres de lui ? ". "Non, lui, on n'en reçoit pas beaucoup". J'en ai sorti un autre de Fante. Même question, même réponse. Alors, j'ai brandi un John Irving, écrivain qu'on trouve dans à peu près toutes les librairies. "Lui non plus, on n'en reçoit pas beaucoup". Devant moi, sur l'étagère, il y avait au moins quatre livres d'Irving. "Une prière pour Owen", "Le monde selon Garp", "L'oeuvre de Dieu, la part du diable"...Lhermitte me souffla tout de suite à l'oreille : "C'est cela, oui !". Le con me débitait des réponses évasives en prétendant savoir de quoi, de qui il parlait. L'autre fois, chez un autre bouquiniste, j'ai surpris une discussion. Le bouquiniste en question parlait à un client : "J'étais en vacances. 13 jours. J'ai lu 15 livres". Il brandit le torse, fier de son exploit. J'ai pensé : "Ça dépend quels livres." J'ai un voisin qui se dit cinéphile. Il a vu tous les Jean-Claude Van Damme, Schwarzenegger, Stallone et Jackie Chan. Je dois avouer que par la suite, le testant à plusieurs reprises, j'ai conclu que le dit bouquiniste était un vrai lecteur. Ne me demandez pas de vous définir ce qu'est un vrai lecteur, je feindrai la grippe tout de suite et vous laisserai sur votre soif. N'empêche que, lecteur ou pas, je l'ai trouvé suffisant ce libraire. "J'ai lu 15 livres en 13 jours". Ça ressemble à un "J'ai perdu 15 livres en 13 jours", tout aussi pathétique comme affirmation. Et alors Gertrude, on s'en fout de tes 15 livres, on s'en fout. Et l'Irak ? Et la Palestine ? Et le Rwanda ? Et l'esclavage ? Et le gavage de femmes en Mauritanie ? Et l'excision ? Et les implants mammaires ? Qu'est-ce qu'en s'en fout de tes 15 livres, Gertrude ! Il est des jours comme ça. J'écris n'importe quoi. Je cuisine. Je fais des sauces délicieuses pendant deux, trois heures. Et je me sens exister. Car pour exister, il faut faire un effort, il faut être fatigué. Alors, quand je dors, vers minuit, après quelques pages du livre de la semaine ou du livre du mois, je suis plus apaisé, plus libéré, moins coupable. Il est des jours comme ça, je me convaincs d'imbécilités. Mais je le sais. Je suis le gobeur conscient d'imbécilités. Je me repète en guise de consolation : je suis vivant, je suis vivant. Je suis conscient, je suis conscient. PUBLIÉ PAR onassis | le 2006-02-20 12:26:10Permalien | | 3 Commentaires : Commentaire écrit le mardi 21 février 2006 à 08:18:50 (lien) Onassis Ouf, on est mardi. Ça devrait aller là !! Commentaire écrit le lundi 20 février 2006 à 20:26:17 (lien) Nina t'as bien raison, desfois c'est la déprime totale... surtout un lundi! moi, je me suis posée des questions, du moins, il me semble que je m'en suis posée, puis cela finit par disparaître et la journée se perd avec les heures qui s'écoulent trop lentement desfois! Commentaire écrit le lundi 20 février 2006 à 14:12:25 (lien) Tangerine Quel beau plaisir coupable de flâner alors que l'on a tant à faire. Je suis d'accord avec toi, ce sont ces petits moments qui nous font réaliser que nous sommes bien en vie... et que la productivité, ce n'est pas tout. Ajouter un commentaire |
|
||||
| Un blogue Actualité / Politique / Société par Mon Blogue.com |
|||||