La vérité n'existe pas. Et si elle existait, elle serait fausse !
Opinons !

Publié le mercredi 1 mars 2006



Mercredi 1 mars 2006

Déception artistique et rêves nostalgiques


Elle chante :  Donne-moi la flûte et chante. Car le chant est le secret de l'existence. La chanson est aussi triste qu’envoûtante. Et je l’écoute. Envoûté mais pas triste. Elle, c’est cette chanteuse Libanaise qui aura marqué l’esprit des arabophones. Par sa voix; par les textes qu’elle a transmis avec élégance; par ces chansons engagées que le monde arabe a écoutées, scandées, chantées, rêvant d’une révolution qui tarde encore à venir. Elle, c’est la diva que tout connaisseur de la musique arabe connaît. Elle, c’est celle qu’on rêvait de voir chanter en direct et qu’on disait, d’un air sûr, qu’elle nous ferait pleurer.

On est allés la voir. K. et moi. Un dimanche froid et noir. Le billet coûtait ce qu’il coûtait. On s’en foutait. it happens only once in a lifetime qu’on s’était dit. Une diva est une diva.

Place des arts. La salle de spectacle est pleine. Beaucoup de Libanais bien sûr. Chics, enthousiastes, heureux de voir la merveille. Et puis elle a apparu. Une Dalida Libanaise. Elle ne sourit pas. Elle penche la tête en signe de salut et entame sa chanson. Elle en chante trois ou quatre et puis se retire. Les gens applaudissent. K. applaudit, j’applaudis. Nous sommes heureux. Once in a lifetime. Once in a lifetime. L’orchestre joue des banalités en attendant son retour. Elle doit se changer, boire de l’eau, se concentrer. Elle revient, quatre autres petites chansons. Comme vous faites quatre petits tours autour de vous pour vous dégourdir les jambes. Comme je mets quatre petites cuillerées de sel dans mon poulet au four. Quatre petites chansons. Et toujours pas de sourire. D’ailleurs qu’est-ce qu’en s’en fout du sourire. On est là pour la musique, pour ces chansons mythiques, pour pleurer. Pourtant, l’émotion ne passe pas. Ou rarement. Et ces chansons mythiques qu’on attendait, rêveurs et nostalgiques ne viendront pas. La déception, elle, viendra. Et voilà qu’on lui reproche tout. Voilà que le sourire, qu’elle ne nous a pas fait, devient important. Elle ne nous a pas respecté. Elle a été froide. Distante. Elle nous a laissé sur notre faim. Nous avons payé trop cher pour pas grand-chose.

Ce fut une soirée décevante. La chanteuse, elle, n’a plus vingt ans. Nous n’avons plus vingt ans non plus, d’ailleurs. Alors, nous critiquons. Alors, nous sommes sans merci. L’idolâtrie innocente d’antan fait place à la critique constructive (ou pas), à l’observation éveillée, à l’exigence adulte.


Ce fut une soirée décevante mais sans regrets. Étonnant ? Pas tant que ça. Je devais le faire. K. devait le faire. Mais peut-être quelques années plus tôt. Quand elle pouvait encore. Quand elle chantait encore. Maintenant, elle ne chante plus. Elle est. Et c’est tout. Alors à quoi bon se déplacer ? Des écouteurs, un cd. Et elle chante à merveille.
Donne-moi la flûte et chante. Car le chant est le secret de l'existence.Elle, c’était Fairouz. Et elle sera toujours une diva. Dans le cœur de l’enfant qui, dans ce miteux collège de sa ville natale, a appris ce beau poème, qu’elle a adapté en chanson. A chanté la chanson avec ses compagnons d’école. A vibré en la chantant. Vibre encore en l’écoutant. Comment aurait-il écrit, à l'aube de ses vingt-ans, ce pseudo-poème (intitulé Palestina, te llevamos en la sangre), sinon ?

Les pierres sont les seules armes

 

Dans les yeux, que de chaudes larmes

 

La gorge est serrée

 

L’amour propre est blessé

 

Dans notre chère Palestine

 

Jadis princesse divine

 

Aujourd’hui  pauvre orpheline

 

Et pleure la Palestine

 

Et meurent nos héros

 

Et coulent des rivières de sanglots

 

Oyez mes chers frères

 

Je vous présente le nouveau millénaire

 

Il y a les humains

 

Et puis les surhumains

 

Il y a les Palestiniens

 

Et puis les Israéliens

 

Tuez les premiers :

 

Légitime défense

 

Osez toucher les autres :

 

Extrême violence

 

Sacrilège

 

Les plus puissants les protègent

 

Et leur mémoire sélective

 

Vous rappellera Auschwitz

 

Vous décrira l’holocauste :

 

Nous sommes un peuple déchiré

 

Laissez-nous tuer des innocents

 

Ainsi ils sauront ce qu’on ressent

 

 

Et meurent des innocents

 

Et pleurent de pauvres enfants

 

Dans nos cœurs, ça fait des inondations

 

Dans nos âmes,  que de frustrations

 

Et pleure notre Palestine

 

Et pleure notre orpheline

 

Et pleure la Palestine

 

Et coule l’hémoglobine

 

 

Et malgré l’injustice flagrante

 

Malgré les images plus que choquantes

 

Le monde tout entier

 

Respectera non pas une minute de silence

 

Mais des décennies de souffrance

 

De mépris et d’arrogance

 

De la part d’un ennemi sans pitié

 

Et d’un ange gardien bourré de suffisance

 

 

Et meurent Vieilles et gamines

 

Dans  notre Palestine

 

Et pleure la Palestine

 

Et tombent nos cœurs en ruine

 

 

Alors viennent ces barbus

 

À la langue si fourchue

 

Et le temps d’un lavage de cerveau

 

Tu seras, cher désespéré

 

Tu seras, cher ignorant

 

Leur  nouvel héros

 

Leur  messager

 

Ou le défenseur des pauvres démunis

 

Tu seras ce qu’ils te feront gober

 

Ils te promettront le paradis

 

Et tu oublieras, trop aveuglé

 

Que seul lui peut offrir le paradis

 

Que des innocents, tu ne dois point tuer

 

 

Et pleure la Palestine

 

Et pleure le monde entier

 

Oyez mes frères oyez

 

Voyez ce que l’injustice a fait

 

 

Et pleure la Palestine

 

Et pleure notre héroïne

 

Et pleure la Palestine

 

Pleure la fleur

 

De nos tristes cœurs

 

Pleure la fleur

 

D’un monde où règnent injustice et  terreur

 

 

 

PUBLIÉ PAR onassis | le 2006-03-01 11:23:21
Permalien | |


15 Commentaires :

Commentaire écrit le lundi 27 mars 2006 à 16:29:15 (lien)
Onassis
Pour jetjab,

Finalement, j'ai réécouté la chanson. Fairouz commence la chanson avec "al woujoud", au refrein, les choristes disent "al khouloud". Donc, j'avais quand même raison pour "al woujoud".

Merci quand même pour votre précieuse aide.


Commentaire écrit le dimanche 12 mars 2006 à 21:39:55 (lien)
Onassis
La correction a été faite. Je vous remercie encore.

Et merci pour le compliment.

Gibran avait, lui, une vraie bonne plume. "Le prophète" en est la preuve irréfutable...


Commentaire écrit le dimanche 12 mars 2006 à 21:21:22 (lien)
Onassis
Merci pour cette rectification. J'ai toujours pensé qu'elle disait "al woujoud". Je vais la réécouter pour m'assurer. Je vous remercie encore une fois. Je vais devoir rectifier mon texte.

Oui, je lis l'arabe...


Commentaire écrit le dimanche 12 mars 2006 à 19:17:23 (lien)
jebtaj
rectif
oua anino annyi yabka baada an yafna l woujoud
le gemissement de la flute reste apres que l existence s eteint


Commentaire écrit le samedi 11 mars 2006 à 21:19:26 (lien)
Onassis
"Al woujoud" n'est pas l'éternité...


Commentaire écrit le samedi 11 mars 2006 à 18:43:12 (lien)
jebtaj - jebtaj@yahoo.com
le chant est le secret de l eternite c la traduction exacte cher onassis
la chanteuse est certe la diva fairouz
mais le poete reste le grand homme de litterature libanaise le philosophe le peintre jobrane khalil joubrane
lire ses oeuvres est un voyage au paradis


Commentaire écrit le jeudi 9 mars 2006 à 13:20:29 (lien)
Jack
Pour une petite variante de l'énoncé en titre de ton blogue, il y a Christian Bobin qui écrit, sauf erreur, dans Geai(Gallimard 1998): «La vérité, c’est incroyable.»


Commentaire écrit le mercredi 8 mars 2006 à 15:16:09 (lien)
Onassis
Intéressant. Gary était tout un écrivain ...


Commentaire écrit le mercredi 8 mars 2006 à 12:56:22 (lien)
Jack
Je partage tout à fait le même sentiment et c'est la raison pour laquelle je lis Ducharme sur la pointe des pieds tout en me sentant chez moi -on peut s'avachir dans ces vallées -, avec le plus grand des respects parce que nous n'avons de lui, justement, que son écriture. Et sa légende, bien sûr, mais elle n'est pas pesante car elle émane d'un être timide, non pas d'un faiseur d'image. C'est rare comme une forêt vierge. Comme une amitié qui tient toute la vie.

Houellebecq, au contraire,gros sabots et petit salaud, je n'ai pas réussi à le lire vraiment (excepté son blogue parfois) et je ne comprends pas le battage sinon que la machine éditoriale française (parisienne) est encore capable d'en imposer. Mais quoi au juste? Sans doute la liberté. Je reste ouvert entre autres parce que j'entends le jugement positif de Sollers sur Machinchouette. J'avais aimé Le sens du combat, un poème lu par l'auteur. Mais on impose pas la liberté, c'est la liberté qui s'impose. Comme Genet, par exemple. Or, fleurter avec les raëliens comme métaphore scientifico-politique, on a bien le droit, y compris de dire partout en interview qu'ils sont sympa. Personnellement, non. Un jour peut-être, à temps perdu... Mais j'ai tellement d'autres livres en attente et ses Particules m'ont ennuyé.

J'ai vu Gary une fois à Pivot (en reprise je crois car j'ai eu le câble après tout le monde). Il était si inquiet. Un médecin auteur présent sur le plateau se fit adresser avec insistance des questions intimes comme: «jusqu'à quel âge, Docteur, un homme peut-il bander?» Quel personnage! Mais vraiment inquiet. De l'avoir vu ainsi quelques minutes à la télé, bien au-dessus de son oeuvre et bien en-deça de son talent de surdoué, avec un nombril grand comme la Russie, cela ne m'a pas déplu ou rebuté parce qu'il se montrait à nous totalement sincère et habité par le présent. Je dirais que son mal aise était grandiose.

À la prochaine.


Commentaire écrit le mercredi 8 mars 2006 à 09:48:29 (lien)
Onassis
Merci Jacques. Je viens d'écouter l'entrevue. Je l'avais aussi vu en personne sur TV5 (tout le monde en parle). Je l'ai trouvé sympathique. Et c'est d'ailleurs la raison pour laquelle j'ai lu son livre. Ce qui soulève une question qui me tourmente depuis un bout de temps. Ou plutôt, une conviction : On ne devrait pas voir les écrivains à la télé. On devrait lire leurs livres pour ce qu'ils valent et non pour ce qu'eux ils valent, en tant que personnes, à nos yeux. Malheureusement, je succombe souvent à mes propres jugements. Je n'ai par exemple jamais lu de Houellebecq, parce que je le trouve ignoble et con.
Aurais-je aimé autant Romain Gary si je l'avais vu dans une entrevue ? Peut-être pas....à suivre.
Encore une fois merci. L'entrevue était intéressante car, comme tu dis, on parle de son travail d'écrivain et non pas de l'actualité..

À la prochaine..


Commentaire écrit le mardi 7 mars 2006 à 23:29:08 (lien)
Jack - http://radio-canada.ca/radio/indicatifpresent/chroniques/70347.shtml
Cher Onassis,

Ce commentaire, je m'en excuse, n'est pas en lien avec ton beau texte. J'ai bien noté plus tôt ta lecture de Weynergans et ce matin, en auto, j'ai pensé à toi en écoutant l'interview qu'il donnait à Indicatif présent. C'est un Belge, sauf erreur? Je me souviens avoir été frapppé, enthousiasmé par ses propos autour de Rimbaud il y a une dizaine d'années. Je te laisse les coordonnées de l'interview au cas où... L'échange sans éclat a surtout porté sur le travail d'écrivain et non sur les états d'âmes de l'A. ou son regard sur l'actualité! Cela est appréciable quant à moi.

«Le douzième roman de François Weyergans, Trois jours chez ma mère, a remporté le prix Goncourt 2005. L'auteur François Weyergraf tente d'écrire depuis des années un roman ayant pour titre Trois jours chez ma mère : « J'ai tendance à travailler sur le temps qui passe, l'amour et l'argent. Tout ça finit par faire un roman dans lequel j'imbrique les rapports entre un fils et sa mère », raconte François Weyergans.

A+


Commentaire écrit le mardi 7 mars 2006 à 11:30:54 (lien)
Onassis
Il y a une chanson très "patriotique" pour la palestine qui s'appelle (en arabe) : Zahrat al madine. Ou encore "Habbitak bissaif"....mais je ne sais si on peut les trouver sur le net..


Commentaire écrit le mardi 7 mars 2006 à 05:32:31 (lien)
Isabelle
J'ai été sur le site, mais il n'y a pas de morceau à découvrir ?...


Commentaire écrit le jeudi 2 mars 2006 à 11:37:31 (lien)
Onassis
Merci.

Tu peux aller voir ici (par exemple) : http://gnh-fairouz.tripod.com/


Commentaire écrit le jeudi 2 mars 2006 à 05:33:10 (lien)
Isabelle - http://isabellemenetrier.monblogue.com
Quel beau texte ! Je ne connais pas cette chanteuse, je vais aller surfer ! Je l'écouterais sans aller la voir...


Ajouter un commentaire

Menu
Un blogue de
Liens
Catégories

Un blogue Actualité / Politique / Société par Mon Blogue.com