La vérité n'existe pas. Et si elle existait, elle serait fausse !
Opinons !

Publié le mardi 28 mars 2006



Mardi 28 mars 2006

L'âne

 

La rue brille, fière de sa nouvelle robe. Je me faufile entre ces étincelants rayons de soleil. Rayons présents. Rayons prometteurs. Rayons rayonnants. Je marche. Je suis de bonne humeur. Je respire profondément. Je bombe le torse. Et s’évanouit le pessimisme déprimant de l’hiver. Je souris à ces fortuits passants, qu’un destin incompris a mis sur mon chemin. Le printemps est là. Le printemps est partout. Mes yeux pétillent. Les leurs aussi. Les vôtres aussi. Yeux frères. Yeux témoins d’un même bonheur inexplicable. Yeux souriants qui m’émeuvent. Et je me surprends à parler aux oiseaux. Oiseaux pubères. Oiseaux qui me chuchotent des chansons énigmatiques, mais ô qu’envoûtantes. Et je leur réponds. Je leur dis que je les aime, qu’ils sont les bienvenus n’importe quand. Qu’il ne devrait pas y avoir d’hiver. Que je m’en fous s’ils ont la grippe. C’est alors que je me rappelle du coq. Le coq qui n’est pas là. Le coq que j’ai tellement voulu. Que j’ai tellement imaginé, dans ma ville natale, dans mon enfance lointaine. Dans cette ville que j’aurais voulue campagne. Mais point de coq. L’aurais-je imaginé sinon ? Avec sa crête rougeâtre. Avec ses pattes maigres. Avec son regard perçant. Et ce cou. En avant, en arrière. En arrière, en avant. Et ces milles pas qu’il aurait fait et refait. Et ce chant qui m’aurait réveillé. Le coq. Mon ami le coq. Je t’ai tellement attendu. Mais tu n’aimes pas les villes. C’est alors que je t’ai rêvé. C’est alors que je t’ai dessiné sous mes paupières. C’est alors que j’ai échangé la sonnerie niaise du réveil matin par ton chant glorieux. C’est ainsi que tu vécus dans l’empire de mon esprit. Esprit rêveur. Esprit imaginatif. Esprit irrationnel. Je te nourrissais. Je te berçais. Avec des histoires à chanter debout. Tu fus attentif. Réceptif. Croyant mes mille récits, mes mille batailles, mes mille défaites. Bon public. Bon ami. Mon ami le coq.

Jusqu’au jour que je t’ai rencontré. Dans une campagne lointaine. Chez un oncle lointain. D’un matin frais et peu courtois. Tu ne fus pas aussi maigre que je t’avais dessiné. Ta crête était moins rouge. Ton ventre était plus imposant. Ton regard était vague et fuyant. Ton chant était plus irritant que glorieux. Et la campagne perdit de son romantisme. Tu n’étais plus mon ami le coq. Tu étais un coq. Un coq parmi les coqs. Et désormais, je m’en foutais.

 

 

 

PUBLIÉ PAR onassis | le 2006-03-28 10:28:41
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